Quêtes littéraires, No 11 (2021) Appel à contributions

2021-03-15

La notion d’utopie a été créée par Thomas More, chancelier du roi d’Angleterre Henri VIII, ami du philosophe et humaniste Érasme, saint de l’Église catholique et auteur de De optimo statu rei publicae deque nova insula U (1516). C’est dans cet ouvrage que l’on retrouve le terme qui, composé de la négation οὐ (non) et du substantif τόπος (lieu) signifie « le lieu qui n’existe pas ». Or, dans l’épigraphe au même texte, l’auteur se sert également du mot eutopia que l’on peut traduire comme « la terre heureuse ». Ces deux définitions nous paraissent constituer les extrémités d’un même canevas entre lesquelles il est possible de tisser toute une tapisserie de pensées et un vaste réseau de considérations sur les visions littéraires de l’utopie. En effet, peut-on nier que le manque de conflits et de violence, le bien-être matériel et une société vertueuse garantiraient l’État idéal ? D’un autre côté, où trouver un pays dans lequel tous les citoyens seraient égaux, le pouvoir entre les mains de tous ou des meilleurs, tandis que personne n’aspirerait à se distinguer du commun par une chose possédée uniquement pour soi ? Force est de constater que les terres idéales s’élèvent en général sur les piliers des mêmes principes, qu’elles soient conçues par un Rabelais décrivant l’abbaye de Thélème ou un Fénelon conduisant le lecteur à travers les aventures de Télémaque, qu’elles soient décrites dans le pays de Gangarides par Voltaire (La Princesse de Babylone) ou situées dans Icarie par Étienne Cabet (Voyage en Icarie), qu’elles soient enfin imaginées par Bernard Werber (Nous les dieux, Le Papillon des étoiles) ou Michel Houellebecq (La Possibilité d’une île). Le large éventail d’auteurs qui ont proposé leur vision du pays du Bon, s’étendant de l’Antiquité jusqu’à nos jours, confirme-t-il la conviction que la pensée utopique pousse l’homme, depuis toujours, à incarner les idéaux utopiques dans la vie en société ? Quel rôle y jouerait la littérature ?

Nous invitons donc les chercheuses et les chercheurs à considérer l’utopie dans le domaine des littératures française et francophone où l’on entend cette notion soit comme une certaine stratégie d’écriture à l’aide de laquelle l’auteur critique le système politique de son époque, soit comme la description d’un régime politique idéal ou idéaliste, soit enfin, comme une force de changement et l'anticipation d’un monde meilleur. Dans cette optique, il nous semble que les réflexions peuvent être menées dans les cadres suivants :

- utopie et récit de voyage, science-fiction, roman d’anticipation, satire, roman didactique

- utopie et insularité

- utopie et imposture

- utopie et chimère, rêve, illusion, mirage

- utopie et désenchantement

- utopie et polémique, programme de réformes, négation de status quo

- utopie et provocation intellectuelle

- utopie et fuite, échappatoire utopique

- le piège de l’utopisme

- le souverain idéal

- l’homme : animal utopicum

- l’utopisme chrétien

- utopie versus dystopie

- uchronie

- euchronia (l’état hors le temps, l’étape finale du temps, « la mort » de l’histoire)

- eupsychia (l’adéquation de la conscience individuelle avec la conscience sociale)

- egotopie (l’état d’une autoréalisation libre de l’individu)

Nous espérons que la liste des sujets à aborder (loin d’être exhaustive) ouvrira la voie à des analyses intéressantes qui, à leur tour, nourriront le débat sur différents visages et aspects de l’utopie.

Calendrier

La date limite pour l’envoi de la proposition (titre + résumé d’environ 300 mots, brève notice bio-bibliographique) à l’adresse quetes-litteraires@kul.pl est fixée au 1er mai 2021. 

Les propositions seront examinées par un comité de lecture.

Les auteurs des propositions seront avisés avant le 15 mai 2021.

Langue des contributions : français.

Délai pour l’envoi des articles : le 15 septembre 2021.

La publication du onzième numéro de Quêtes littéraires est prévue en décembre 2021.

Contact pour l’envoi des résumés et pour toutes informations :

quetes-litteraires@kul.pl