Appel à contribution

2020-04-14

 

Caricature : l’art de démesure

Intrinsèquement liée aux arts plastiques, la caricature graphique a l’habitude d’accompagner le texte sous forme de feuilles volantes, gravures, dessins ou illustrations. Cependant, elle n’hésite pas à se parer de mots pour tenter les plus illustres des hommes de lettres, tels que Molière, Zola, Balzac ou Baudelaire, qui lui ont consacré de longues réflexions théoriques, ou bien l’ont pratiquée en composant des portraits ridicules de leurs personnages. Tout en reconnaissant la valeur de la caricature elle-même, les artistes étaient pourtant loin de la jauger unanimement. Les uns, tel Racine dans Les Plaideurs, louaient le procédé de « pousser les choses au delà du vraisemblable » pour faire « discerner le vrai au travers du ridicule ». Les autres, au contraire, avouaient la mépriser profondément, comme les frères Goncourt qui rabaissaient au niveau du loisir bourgeois « ce plaisir bas de la dérision plastique, cette récréation de la laideur, cet art qui est à l’art ce que la gaudriole est à l’amour » (Journal, 1860). Or, tous s’accordent à dire que la caricature s’assoit sur une charge ou un poids (de l’italien caricare « charger »), ce qui fait qu’elle n’est point une reproduction ni une imitation, mais qu’elle consiste à interpréter la réalité. Celle-ci s’y avère par conséquent déformée et outrée, allant dans le sens de l’exagération et de l’exacerbation. L’effet de contraste qui surgit « entre ce qu’on se préparait à voir et ce qu’on a vu »[1], l’écart entre attendu et trouvé, prêtent à rire et au regard satirique, ce qui laisse la porte grande ouverte au comique. Ainsi, vu le statut de la caricature, son but et le mode de fonctionnement qu’elle déclenche, plusieurs pistes de recherche surgissent à tout passionné de littérature curieux et investigateur :

  • le statut du texte accompagnant l’image et « le rire plastique » ;
  • la spécificité de caricature-portrait, caricature de situation, caricature d’événement et caricature de mœurs ;
  • la poétique de la caricature propre à un écrivain donné ;
  • le particulier du rire caricatural, l’esthétique du comique produit par la caricature ;
  • le lien entre caricature et parodie/satire ;
  • la caricature et les genres littéraires ;
  • caricature-fardeau vs caricature-arme ;
  • la caricature comme outil des opprimés, des persécutés ou outil du plus fort ;
  • la caricature du côté de la création (le sens de l’observation, l’interprétation, l’altération, la relation entre le caractère et la morphologie) ;
  • la caricature du côté de la réception (contexte historique et culturel).

Nous espérons que la liste des sujets à aborder, loin d’être exhaustive, ouvrira la voie à des analyses intéressantes qui, à leur tour, nourriront le débat sur la caricature dans la littérature française et francophone.

Calendrier

La date limite pour l’envoi de la proposition (environ 300 mots), accompagnée d’une brève notice biobibliographique, est fixée au 5 juillet  2020.  

Les auteurs des propositions seront avisés avant le 10 juillet 2020.

Langue des contributions : français.

Délai pour l’envoi des articles : le 15 septembre 2020.

Contact pour envoi des résumés et pour toutes informations :

quetes-litteraires@kul.pl

[1] Bernard Tilier, La caricature : une esthétique comique de l’altération, entre imitation et déformation, Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012 ; DOI : 10.4000/books.pupo.2327.