Appel à contributions

2023-07-14

 « La révolte dans le roman du second XIXe siècle »

Rédacteur invité : Aurélien Lorig

 

Le roman du second dix-neuvième siècle est un roman « révolutionné » où les scènes de rébellion, l’expression de l’indignation et le soulèvement contre l’autorité établie sont fréquents. Émile Zola s’empare de ce motif dans Les Mystères de Marseille (1867), Le Ventre de Paris (1873), La Débâcle (1892), sans oublier Germinal (1885) où le lecteur suit le parcours du mineur Étienne Lantier qui prend la tête d’une révolte ouvrière dans le Nord de la France.

Le temps historique (Conflit franco-prussien, Commune, Troisième République) et le passage d’une économie fondée traditionnellement sur l’agriculture à une économie basée sur la production mécanisée à grande échelle de biens manufacturés dans des usines (Révolution industrielle) viennent nourrir le sentiment de révolte chez des personnages confrontés à l’injustice, à la misère, aux autorités arbitraires et à un pouvoir détenu par quelques-uns au détriment du plus grand nombre.

Toutefois, la révolte ne se limite pas au seul naturalisme. Huysmans prend ses distances avec le naturalisme de Zola qui lui apparaît comme une impasse. Il imagine un roman à contre-courant des usages, des goûts et des valeurs. En publiant À rebours (1884), l’écrivain feint de respecter les conventions du roman naturaliste, mais c’est un respect ambigu et rebelle d’un « Sous-Zola », jaloux d’être un simple disciple. (Lettre de Huysmans à Bloy) À partir de là, l’auteur ne cessera de « déromaniser » (Paul Berthier)  le roman en laissant intact son cadre, mais faisant exploser le contenu, déchiré entre la fidélité au naturalisme et la volonté de rupture.

De son côté, Barbey d’Aurevilly, accablé et révolté par son siècle, entreprend l’écriture de romans dans lesquels la révolte se lit à la fois dans le choix des personnages et dans la manière d’aborder le rapport entre le roman catholique, la morale et l’art. D’Une vieille maîtresse (1851) à Un prêtre marié (1865), en passant par L’Ensorcelée (1854), les récits aurevilliens mettent au jour un écrivain qui « chouanne » par la plume, « faute d’épée ». (Jules Vallès, Le Progrès de Lyon, 19 avril 1864) 

Cette présence de la révolte dans le romanesque s’inscrit aussi dans la perspective d’un essoufflement du naturalisme lorsque paraît La Terre de Zola en 1887. Cette parution ouvre la voie à une crise du roman, laquelle est en réalité une remise en question, parfois radicale, du roman de mœurs réaliste et naturaliste. La génération symboliste autant que la vague anarchiste de la fin du siècle considèrent l’esthétique naturaliste comme une esthétique incapable de rendre compte de la complexité de l’individu moderne pétri d’hésitations et de désillusions. Genre à la fois protéiforme et malléable, le roman devient le lieu de cristallisation d’enjeux culturels, politiques et idéologiques.

Assimiler le roman à la volonté de reproduire une illusion du réel ne satisfait pas – ou plus – une génération d’écrivains réfractaires qui marque les années 1880-1890.  En effet, Jules Vallès, Georges Darien, Octave Mirbeau ou encore Léon Bloy entendent bien incarner une révolte qui, même si elle se manifeste de différentes manières – autant esthétiquement qu’éthiquement, n’en demeure pas moins l’affirmation de soi, de son indignation, de ses colères et de ses idéaux. Ainsi, de L’Insurgé (1886) de Vallès au Désespéré (1887) de Bloy en passant par L’Abbé Jules (1888) de Mirbeau et Le Voleur de Darien (1897), les romans de ces écrivains donnent à la révolte une dimension nouvelle, fortement marquée pour certains d’entre eux par la sensibilité anarchiste qui consiste à affirmer, via la révolte, « une liberté constitutive de la réalité humaine ». (René Furth)

L’enjeu de ce 14e volume de la revue Quêtes littéraires est de contribuer à l’analyse du motif de la révolte dans le roman du second dix-neuvième siècle : récurrence du motif et son contexte, personnages indignés, écriture du roman dans sa dimension éthique et esthétique, posture de l’écrivain, etc. Les pistes de réflexion qui se dessinent sont nombreuses. Le corpus ne se limite pas aux écrivains mentionnés dans l’appel à contribution et peut-être élargi à toutes les manifestations de la révolte dans le romanesque de cette période.

 

Calendrier

La date limite pour l’envoi de l'article à l’adresse aurelien.lorig@univ-reims.fr est fixée au 1er mars 2024.

Langue des contributions : français.

Retour des évaluations en double aveugle : le 1er juin 2024 .

Remise du texte corrigé : septembre 2024.

La publication du 14e numéro de Quêtes littéraires est prévue en décembre 2024.